„La science manipule les choses et renonce à les habiter. Elle s‘en donne des modèles internes et, opérant sur ces indices ou variables les transformations permises par leur définition, ne se confronte que de loin en loin avec le monde actuel. Elle est, elle a toujours été,
cette pensée admirablement active, ingénieuse, désinvolte, ce parti pris de traiter tout être comme « objet en général », c‘est-à-dire a la fois comme s‘il ne nous était rien et se trouvait cependant prédestiné à nos artifices.



Kommunale Galerie, Das Haus 2016

(...)Il faut que la pensée de science - pensée de survol, pensée de l‘objet en général - se replace dans un « il y a » préalable, dans le site, sur le sol du monde sensible et du monde ouvré tels qu‘ils sont dans notre vie, pour [13] notre corps, non pas ce corps possible dont il est loisible de soutenir qu‘il est une machine à information, mais ce corps actuel que j‘appelle mien, la sentinelle qui se tient silencieusement sous mes paroles et sous mes actes.


Il faut qu‘avec mon corps se réveillent les corps associés, les « autres », qui ne sont pas mes congénères, comme dit la zoologie, mais qui me hantent, que je hante, avec qui je hante un seul Être actuel, présent, comme jamais animal n‘a hanté ceux de son espèce, son territoire ou son milieu.
Dans cette historicité primordiale, la pensée allègre et improvisatrice de la science apprendra à s‘appesantir sur les choses mêmes et sur soi-même, redeviendra philosophie.“


Maurice Merleau-Ponty, L’oeil et l’esprit. (1964) 11